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19 January 2007 @ 06:02 pm
Prison Break - Et maintenant ?  
Titre : Et maintenant ?
Auteur : clair_de_lune
Spoilers : Saison 2, épisode 13
Public : Tout public
Challenge : n°0 pour french_fanfics
Fandom : Prison Break
Table : 1
Prompt : 007 Danse
Notes : Une seconde partie pour Navigation céleste. Ca a tourné de façon un peu plus sérieuse que ce que j’avais en tête, et c’est la faute de Michael, bien sûr. Pas de timeline définie, mais au moins post épisode 2.13 The Killing Box.


Il ne la regarde pas et il ne lui parle pratiquement pas.

-*-


Quand il regarde son visage, il voit tous les petits vaisseaux sanguins sous la peau fragile et bleutée autour de ses yeux, ainsi que les minuscules rides de fatigue qui lui marquent le coin de la bouche. Ce n’était pas là avant.

Quand il regarde son profil, il voit chaque cheveu un peu plus court ou un peu plus long que les autres, et l’angle bizarre selon lequel ils ont été brutalement tranchés. Ils n’étaient pas comme ça avant.

Quand il regarde le pansement sur son bras... c’est sans doute le pire, il voit au travers la chair rose, les lèvres de la plaie grossièrement réunies par le fil clair, la façon dont la peau se tend pour recouvrir la blessure. C’étaient ses propres plaies qu’il regardait, avant, et elles lui semblaient toujours moins impressionnantes.

Il ne lui parle parce qu’il trouverait grossier de lui parler sans la regarder. Or il ne peut pas le regarder. Il se dit qu’il n’aurait pas dû lui laisser prendre le volant lorsqu’ils se sont arrêtés deux heures plus tôt : se concentrer sur la conduite lui aurait fourni un excellent prétexte.

-*-


Il ne la regarde pas, il ne lui parle pratiquement pas, et c’est en train de la rendre dingue. Quand ils se sont arrêtés quelques heures plus tôt, Jane lui a proposé de l’aide pour refaire son pansement ; LJ est allé chercher de la gaze et du sparadrap dans la trousse de secours de la jeep ; Lincoln a donné un coup de coude à son frère et devant son silence, il a demandé à Sara si elle voulait manger quelque chose et lui a apporté un thé et un sandwich.

Michael s’est contenté de descendre le café et le hamburger qu’on posait devant lui. Sans la regarder ni lui parler. Quand ils se sont remis en route, elle lui a proposé (et c’est un euphémisme) de prendre le volant. Parce que si elle doit encore passer quelques centaines de kilomètres dans la voiture sans rien faire et sans que plus de cinq mots par heure soient échangés, elle va agir d’une façon qu’elle finira pas regretter (ou pas).

Il était doué pour lui parler et la faire parler, quelques semaines plus tôt. A présent, il est doué pour éviter de lui adresser la parole. Quelle que soit la question qu’elle pose, il arrive à y répondre en une seule phrase. Brève, la phrase.

Il était doué pour la regarder de cette façon qui faisait qu’elle ressentait quelque chose d’étrange lorsqu’il la quittait des yeux (et l’idée est tellement sentimentale que cela pourrait la faire vomir, mais elle a découvert récemment qu’elle avait l’estomac bien plus solide qu’elle le pensait). A présent, il est doué pour éviter de croiser son regard ; il est doué pour paraître se recroqueviller sur lui-même sans bouger d’un seul foutu millimètre.

Elle serre les dents.

C’est comme une danse. Vraiment. A chaque fois qu’elle fait un pas en avant, il en fait deux en arrière. Au moins. Et il ne lui marche jamais, jamais sur les pieds. Quand elle tend la main pour attraper la bouteille d’eau sur le tableau de bord en face de lui, elle lui effleure le bras, et là, c’est carrément la pirouette, l’entrechat, le grand jeté : il recule physiquement contre la portière. Comme si elle venait de le laisser tomber au beau milieu d’un porté.

De son côté, ça twiste. Littéralement car elle freine, à fond, et la voiture part légèrement en vrille. Elle entend les pneus crisser sur l’asphalte. Ah, il la regarde maintenant, il se penche même vers elle pour poser la main sur le volant, juste au-dessus de la sienne. Elle l’écarte d’une petite tape sèche sur le poignet.

Dans le rétroviseur, les phares de la jeep se rapprochent dangereusement et elle sait que la seule et unique raison pour laquelle Lincoln ne klaxonne pas à tout crin, c’est parce qu’ils sont supposés se montrer discrets. Deux détenus en fuite, une femme violant sa liberté conditionnelle et une autre essayant de dévoiler une conspiration impliquant le gouvernement ne sont pas supposés se faire remarquer. Donc, Lincoln ne klaxonne pas ; elle commence à penser, tout en arrêtant la voiture sur le bas-côté, que Lincoln a plus de jugeotte que son frère.

-*-


Lincoln se gare posément sur le côté de la route, juste derrière la Chevrolet grise, et regarde le doc’ en descendre. Elle fait des moulinets avec ses bras ; Michael suit une seconde plus tard avec des gestes nettement plus contrôlés.

A côté de Lincoln, Jane tend la main vers la poignée de la porte, mais il lui dit que ce n’est pas la peine de bouger.

« Qu’est-ce que vous en savez ?

- Michael est juste en train d’être Michael. » Il est surpris par la patience du doc’. Impressionné. Favorablement impressionné. Considérant ce par quoi elle est passée récemment et l’état de délabrement nerveux dans lequel elle doit être, il aurait imaginé qu’elle craquerait plus tôt.

Derrière eux, LJ glisse sur la banquette pour s’installer entre les sièges avant et pouvoir voir ce qu’il se passe.

Lincoln abaisse la vitre et entend la voix de Sara résonner dans la nuit. Une bonne chose qu’ils soient sur une route déserte. Il espère qu’elle restera déserte le temps que les choses se calment.

Il entend "faire le trajet avec Lincoln" (non, merci, sincèrement), "si ça continue" (connaissant Michael...), "vierge effarouchée" (c’est toujours Sara, c’est adressé à Michael, et Lincoln grimace, c’est quelque chose qu’il aurait pu se passer d’entendre) "je ne mords pas" (comme ça, tout de suite, ce n’est pas l’impression qu’elle donne...), "pas décroché un mot" (là, Michael veut parler, Sara lui dit de se taire et de la laisser terminer, et Lincoln pense que quand même, c’est bien une femme). Il ne comprend pas le reste parce que la radio dans la Chevrolet est presque à fond, et le son vient jusqu’à lui, une vieille chanson couvrant en partie la discussion. Dispute. Sans doute la seule façon qu’a trouvé le doc’ de combler le silence assourdissant.

Ils sont entre la Chevrolet et le fossé – parce que Michael étant Michael, il a entraîné Sara à l’écart de la route dans le cas improbable où une voiture déboulerait – et ils semblent tourner autour d’un point de gravité commun, sans jamais parvenir à se fixer, l’un écartant sa main lorsque l’autre avance la sienne, l’un faisant un pas de côté chaque fois que l’autre s’approche. Quasiment une chorégraphie. Ce serait presque gracieux, agréable à regarder. Si ça ne se produisait pas au beau milieu d’une situation critique. Et si ce n’était pas le pas de deux final d’un ballet qui dure depuis la veille au soir.

-*-


Elle lui dit qu’elle a bien compris qu’il est en colère parce qu’elle l’a laissé tomber, à Gila, mais qu’il faudrait peut-être qu’il digère ça parce que franchement, si l’un d’eux doit être en colère, il lui semble que...

« Ca n’a rien à voir avec Gila, » dit-il en fronçant les sourcils. Enfin si, ça a voir avec Gila, puisque c’est à Gila qu’elle a été mise... dans l’état où elle. Mais ça n’a rien à voir avec le fait qu’elle soit partie. D’ailleurs, il n’est pas en colère. Pas contre elle, en tout cas. Pourquoi imagine-t-elle qu’il est en colère contre elle ?

Elle vient juste de le lui dire. Si en plus de ne plus pouvoir parler, il n’est plus capable d’écouter...

« Je ne suis pas en colère. »

Comme à regret, il lui explique qu’il voit ses blessures. Et pas seulement les blessures, tout ce qu’il y a en dessous, la façon dont la chair a été maltraitée, dont les petits vaisseaux sanguins ont éclaté, dont les nerfs s’entortillent de douleur, dont...

Et les blessures sont là à cause de lui, parce qu’il l’a entraînée dans...

Elle n’écoute plus, elle rougit parce qu’elle se souvient de cette visite à son thérapeute (ce n’était vraiment que quelques semaines plus tôt ?) et de ce que celui-ci lui a expliqué. Elle suppose qu’elle a des excuses pour avoir oublié – sauf que non pas vraiment, elle est toujours médecin, après tout. Elle murmure « Je suis désolée. » et « Ce n’est pas de ta faute, Michael, arrête d’imaginer que tu as autant d’influence sur les gens. » et avec un petit sourire « Tu en as déjà bien assez comme ça. »

Il lui pose les mains sur les épaules et regarde ses yeux et sa bouche. Là aussi il voit au-delà, et ce qu’il voit est déjà nettement plus agréable.

-*-


Sara se calme enfin et laisse Michael lui poser les mains sur les épaules ; elle lui pose les mains sur les épaules en retour ; elle va jusqu’à appuyer son front contre le sien et ils tournent lentement sur eux-mêmes. Apparemment, ils sont parvenus à fixer leur centre de gravité commun.

Jane chantonne à mi-voix "I know there's only, only one like you / There's no way they could have made two..." Elle a les genoux légèrement remontés, les coudes posés dessus, le menton sur ses mains refermées en poings, et elle observe la scène à travers le pare-brise.

LJ, qui est peu ou prou dans la même position, secoue la tête.

« Barry White ? Est-ce que quelqu’un a pensé à dire à Oncle Mike que les années 70 sont terminées ?

- Ca marcherait pour moi, » murmure Jane. Coup d’oeil interrogateur des Burrows. « Pas avec lui, se sent-elle tenue de préciser en se redressant légèrement, sur la défensive. Je veux dire de façon générale.

- C’est parce que tu es plus âgée que Sara, » laisse tomber LJ avec inconscience, et la jeune femme se retourne lentement vers lui. Son père le considère d’un oeil incrédule et songe que quelqu’un va devoir lui apprendre au plus vite quelques techniques de survie de base. Comme ne pas faire de commentaires sur l’âge d’une femme. Surtout si celle-ci est armée (et il est à peu près certain que le revolver qu’elle porte sous le bras et le couteau à sa cheville ne sont que deux armes parmi une multitude).

Un souffle de vent fait voler les cheveux de Sara, et Michael en profite pour les lui repousser délicatement en arrière, ses doigts s’attardant sur l’oreille de la jeune femme.

Jane souligne le fait qu’il pourrait se montrer un peu plus entreprenant. Lincoln trouve qu’elle manque de romantisme mais il se tait parce que la seule idée de prononcer le mot "romantisme" le met mal à l’aise. LJ, lui, souligne le fait qu’ils sont sans doute conscients d’être observés. Jane murmure « Parfait, alors. » et, penchée vers le volant, fait un appel de phares pour les rappeler à la réalité.

Ils continuent de tourner, front contre front. La réalité n’est manifestement pas leur problème, pour l’instant.

« Et maintenant ? » dit Lincoln. Il est partagé entre l’embarras de devoir voir... ça, le soulagement de voir... ça, et l’impatience de pouvoir reprendre la route. « On fait quoi ?

- Si on était à la télé, lui répond LJ parce qu’observer la scène dans l’espace délimité par le cadre du pare-brise lui donne effectivement cette impression, il y aurait un fondu au noir. »

Jane soupire et éteint les phares.

FIN


17 décembre 2006

Post scriptum : Barry White ? Parce que quand je me suis réveillée le matin où j’ai écrit ça, il y avait à la radio You're The First, The Last, My Everything *g*