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21 October 2006 @ 07:32 pm
Prison Break - Bonne idée : Sara (3/4)  
Titre: Bonne idée - Sara (3/4)
Auteur : clair_de_lune
Spoilers : Saison 2, épisode 4
Public : Tout public
Résumé : Elle réalise qu’appeler la police ne serait pas forcément une bonne idée. Les flics ne sont pas forcément des gens qu’elle a envie de voir entrer chez elle.

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OK, songe-t-elle en se forçant à rester calme et immobile dans son lit et à respirer régulièrement, OK. Elle a une arme dans sa table de nuit, un revolver ou un pistolet, bref un machin qui tire des balles et que son père a insisté pour lui acheter à une époque où ils pouvaient encore échanger dix phrases (mais pas beaucoup plus) sans se mettre à se balancer des vacheries. Seul problème, il n’est pas chargé : elle n’aime pas les armes, elle est philosophiquement opposée à la libre circulation des armes. Et les balles sont dans le placard de l’entrée, de l’autre côté de l’appartement, bien rangées dans leur boîte. Du coup, toute considération philosophique mise à part, le pistolet ne lui est pas d’un grand secours.

Elle pourrait appeler la police : en plus d’une arme non chargée dans sa table de nuit, elle a un téléphone et un portable dessus, juste à côté d’un paquet de kleenex et d’une édition brochée de Papillon[*] – une lecture de circonstance, a-t-elle jugé. Elle n’a aucune objection particulière à l’usage du téléphone, mais cela reste cependant une option des plus théoriques. Elle réalise qu’appeler la police ne serait pas forcément une bonne idée. Les flics ne sont pas forcément des gens qu’elle a envie de voir entrer chez elle.

Une autre possibilité est de se lever et de récupérer, entre sa commode et son armoire, la batte de base-ball qu’elle a gardé en cadeau de rupture quand elle a fichu Sean à la porte. Parce que c’est une jolie batte et franchement, Sean n’était pas digne d’elle. De la batte, veut-elle dire. D’elle non plus, d’ailleurs, mais là n’est pas la question.

C’est ce qu’elle fait. Une batte de base-ball est l’objet de défense typique contre des intrus et, au fond, elle est très traditionnelle comme fille. Sa faiblesse pour la morphine et les détenus – pas tous, juste quelques uns... juste un – ne relève finalement que de la catégorie des égarements classiques de jeune femme bien élevée. Le plus silencieusement possible, sans allumer la lumière, elle se lève donc et attrape la batte, refermant avec assurance les doigts sur le bois verni. Bien sûr, cela signifie maintenant qu’elle doit sortir de la chambre et affronter ce qu’il y a à affronter dans le living room. Elle trouve rassurant de constater qu’elle travaille (travaillait...) tous les jours au contact des pires criminels mais continue à en avoir peur. Elle n’aimerait pas devenir un de ces êtres à peine humains qui s’endurcissent au point de dormir avec un flingue chargé sous leur oreiller. Bien que, actuellement, ça pourrait aussi signifier de meilleures chances de survie.

Il y a quelqu’un dans son salon. Elle a perçu la présence étrangère à un niveau inconscient avant peut-être même de l’avoir véritablement entendue. C’est son appartement, elle en connaît chaque recoin, chaque son, chaque vibration, et actuellement les vibrations sont complètement embrouillées. Elle sait que ce genre de considération lui donne l’air de planer très haut, mais le fait est que les seules substances dont elle a abusé depuis sa sortie de l’hôpital sont le chocolat sous toutes ses formes, la tarte aux myrtilles et l’eau minérale. L’excès de sucre reste moins mauvais que l’excès de morphine.

Debout près de la cheminée, elle voit effectivement deux silhouettes sortir de la cuisine en tâtonnant et elle se recule vivement dans un recoin d’ombre. Le premier intrus fait un écart sur le côté d’un geste maladroit, mais le second poursuit tranquillement sa visite des lieux et elle lève la batte exactement comme elle l’a appris et la balance vers le bas, en direction des mollets du type, avec une force dont elle ne se serait pas cru capable.

(Bon... ça, ce n’est pas tout à fait vrai. Elle sait qu’elle peut jouer de façon sournoise et brutale quand son existence est en péril. Il n’y a pas un mois et demi, elle a tapé à coups de pieds dans le genou récemment réparé d’un prisonnier qui l’avait bien cherché. Le serment d’Hippocrate est une chose, la survie en est une autre.)

Il y a un juron étouffé et le bruit de la chute d’un corps particulièrement massif puis la lumière s’allume. Elle est un peu éblouie par la clarté soudaine, mais elle ne perd pas le fil de son raisonnement et elle balance de nouveau la batte. Quelqu’un essaye de la ceinturer et de lui attraper le poignet, mais le mouvement manque pour le moins de précision et on la rate de plusieurs centimètres. Un peu déséquilibrée, elle part en avant et la batte fouette l’air. Enfin, pas seulement l’air, en réalité, elle passe à un cheveu du crâne du type tombé par terre – il a tout juste le temps de s’écarter et de se protéger la tête avec ses bras, et elle sent presque la résistance de l’air ralentir son coup. Puis il y a un juron, pas le moins du monde étouffé, cette fois.

« Putain de bordel de merde ! »

Il lui semble reconnaître la voix. En toute franchise, c’est précisément pour ce genre de raison qu’elle pensait qu’appeler les flics n’était pas forcément une bonne idée. Oui, elle sait... ne pas les dénoncer flirte avec la complicité ; le problème de la complicité a déjà été évoqué par le FBI. Mais il faut faire montre d’un peu de logique, elle ne s’est pas attiré tous ces ennuis pour ensuite aider les autorités à leur remettre le grappin dessus. Quels que soient par ailleurs ses griefs personnels, qu’elle adressera, soit dit en passant, en temps utile.

« Doc’ ? »

Elle pensait que Michael était trop intelligent et Lincoln doté d’un instinct de survie trop bien développé pour faire un truc comme ça, mais il s’avère qu’elle les a tous les deux surestimés.

« Lincoln ?

- Sara... »

Ca, c’est Michael et ce n’est pas une question. Il prononce son prénom d’une façon étrange, presque un soupir, et elle se dit que c’est quelque chose qu’il faudra éclaircir plus tard. Le cas échéant.

« Michael ? »

Lincoln. Michael. Elle relève la tête, regarde autour d’elle, ne voit personne d’autre et en déduit qu’elle a à peu près tout couvert. Pas de maffioso, pas de serial violeur/tueur, pas de dingue ayant oublié d’avaler ses petits comprimés. Juste un braqueur de banque et un condamné à mort. Elle peut gérer. D’autant que si on fait le compte ? Michael n’est pas vraiment un braqueur de banque alors qu’elle est vraiment une braqueuse d’armoires à pharmacie, et elle a tué plus de personnes que Lincoln juste en pratiquant, ou ne pratiquant pas, la médecine.

Puis elle se souvient que Michael n’a pas juste faussement braqué une banque : il a réellement braqué son éthique, sa conscience professionnelle, son bon sens et ses sentiments. Pas forcément dans cet ordre, mais elle n’est pas très sûre que l’ordre importe, dans la mesure où le résultat est ce qu’il est : désastreux.

« Michael ? » répète-t-elle, la batte toujours levée à hauteur du visage. Elle remarque que Lincoln, assis par terre, ne bouge pas, et elle décide qu’il y doit y avoir un temps pour toute chose. « Lincoln, vous allez bien ? »

Elle lui tend la main pour l’aider à se relever, et il la saisit sans trop d’hésitation. A côté d’eux, Michael ne semble pas apprécier l’attention qu’elle accorde à son frère et il bougonne. Les hommes sont étranges : pourquoi, par tous les saints, Michael imagine-t-il qu’avoir son attention en cet instant précis serait une bonne chose pour lui ?

Puis elle se rend compte que la lumière est allumée. Michael, le génie planificateur, a allumé la lumière (Lincoln étant littéralement et métaphoriquement parlant sur les fesses au moment où la pièce s’est éclairée, ça ne laisse que Michael pour avoir actionné l’interrupteur) si bien que n’importe qui depuis l’extérieur peut voir ce qu’il se passe chez elle. Ce n’est pas quelque chose qu’elle apprécie en temps normal, et les circonstances étant ce qu’elles sont... Ils se tiennent heureusement dans un angle mort et elle s’empresse d’aller tirer les rideaux. La batte toujours à la main parce qu’elle ne sait pas encore sur quoi elle pourrait avoir la soudaine envie de frapper.

Quand elle se retourne, Michael a avancé et il referme ses bras sur elle. Elle se trouve soudain attirée et pressée contre lui avec assez de force pour qu’elle craigne qu’il ne lui casse une côte. L’air est brutalement expulsé de ses poumons et elle doit lutter un peu pour reprendre sa respiration. Elle sent des doigts dans ses cheveux et un nez qui lui flaire le haut du crâne sans grande délicatesse. La joue écrasée contre son épaule, elle croise le regard embarrassé quoique indulgent de Lincoln. L’étreinte est aussi étrange qu’inconfortablement peu désagréable et elle se rend compte, quand elle commence à utiliser des périphrases compliquées, qu’elle a un problème. Parce que la façon rapide de dire "inconfortablement peu désagréable", c’est tout simplement "agréable". Or, elle n’est pas censée trouver ça agréable, ni même supportable. Elle se souvient qu’elle est vraiment très en colère, et il faut qu’elle parvienne à une façon rapide de mettre fin à la situation puis recommence à agir en accord avec ses sentiments.

« Vous sentez bon, » soupire Michael d’une voix traînante.

OK, faute de mieux, voilà qui pourra faire l’affaire. Elle le repousse, recule, le détaille de bas en haut et réalise que :

« On ne peut pas en dire autant de vous. » Il sent... Elle plisse le nez de dégoût, son estomac fait un plongeon dans le vide et, pourtant, elle donnerait quinze ans de son existence pour un verre. Foutu sevrage. « Il est ivre ? » demande-t-elle à Lincoln avec une bonne dose d’incrédulité.

Cela pourrait expliquer pourquoi il est ici et non... ailleurs, n’importe où ailleurs, très loin.

« Un peu, reconnaît Lincoln. Passablement même. »

Il ne semble pas décidé à expliquer comment et pourquoi cela s’est produit, mais Sara ne s’attendait pas à ce qu’il le fasse. Il n’a jamais été très bavard à Fox River, lorsqu’il n’avait plus rien à perdre, ce n’est pas maintenant qu’il va le devenir.

« Je suis désolé, Sara, je suis vraiment désolé. Il faut me croire, ce que je vous ai dit au téléphone... »

Il la regarde avec ce mélange d’innocence, d’espoir et de défi qu’il sait si bien déployer et qui a dû lui ouvrir autant de portes qu’il lui a causé d’ennuis, et elle sent quelque chose en elle fléchir. Parce qu’il est objectivement trop saoul pour pouvoir être en train de lui jouer la comédie une fois de plus. Elle laisse retomber la batte le long de sa jambe, elle laisse même Michael lui prendre la main.

« Quelque chose me dit que vous serez encore plus désolé demain matin, » rétorque-t-elle. Il ne comprend pas, de toute évidence, ce qu’elle veut dire mais elle croise le regard de Lincoln et lui comprend. Pense sans doute la même chose, vu son expression.

« Je suis un peu plus désolé à chaque instant qui passe, » fait Michel sur un ton un peu grandiloquent, et elle lève les yeux avec exaspération. Inutile d’espérer en tirer quelque chose tant qu’il sera dans cet état, inutile d’espérer trouver une prise à sa colère. Il y a bien Lincoln, mais aux dernières nouvelles, il était déjà victime d’une fausse accusation de meurtre, elle ne va pas en rajouter en le blâmant pour les méfaits de son frère. Résignée, elle leur désigne le canapé pour les inviter à s’asseoir. Michael semble trouver ça normal, Lincoln la considère avec une certaine appréhension tout en se massant les reins.

« Vous avez mal quelque part ? lui demande-t-elle parce que le médecin en elle ressurgit.

- Non, ça va, » répond-il trop vite. Il a oublié qui elle était, un médecin auquel ses patients mentent à longueur de journée. Elle a un détecteur de mensonges intégré des plus efficaces – elle prend garde de ne pas englober Michael dans son champ de vision lorsqu’elle pense ça.

« Vous êtes sûr ? insiste-t-elle. C’était une sacrée chute.

- Certain, Doc’. »

Elle laisse tomber parce qu’elle est trop fatiguée et en colère pour insister, et Lincoln Burrows est adulte. S’il préfère privilégier sa fierté à son bien-être, ça le regarde. Dans la cuisine, elle prépare du café, de l’eau, des aspirines, une cuvette, vérifie que la fenêtre donnant sur l’escalier de secours est bien refermée. Elle l’est, bien sûr. Même rond comme une queue de pelle, Michael reste attentif aux détails. A certains détails, en tout cas.

Il babille – il n’y a pas d’autre terme – lorsqu’elle revient dans le salon avec le plateau et il continue lorsqu’elle pose la bassine près de lui. Elle ne fait pas vraiment attention à ce qu’il raconte, elle a la vague impression que ça n’a de toute façon pas beaucoup de sens. Elle se demande juste quel foutu syndrome de la mère Teresa la pousse à faire ce qu’elle est en train de faire, et c’est précisément la remarque que lui fait Lincoln.

« Je suis toujours médecin, je dois toujours assistance aux malades. Même si récemment, j’ai été un médecin camé jusqu’aux yeux. »

Michael continue de parler et de la regarder. Il la regarde d’un drôle d’air et la suit des yeux avec intensité tandis qu’elle verse le café et pousse une tasse vers lui, et elle voit que son frère fournit des efforts pour trouver quelque chose à dire et lui couper la parole. La tentative est louable, pense-t-elle, mais vouée à l’échec.

« Donnez-les des aspirines avec son café, dit-elle.

- Je dois reconnaître, explique à présent Michael d’une voix épaisse, qu’en une ou deux occasions, je me suis laissé aller à imaginer ce que vous pouviez porter pour dormir. Ou ne pas porter d’ailleurs. » Elle tourne vivement la tête vers lui. Elle ne va pas perdre son temps à essayer de comprendre comment il en est arrivé à ce train de pensée. « Je n’ai jamais imaginé qu’il pouvait s’agir d’un pyjama rose avec des nounours. » Elle étudie avec soin le vêtement en question, soudain consciente que porter un pyjama rose avec des nounours est une bonne chose. « Mais c’est charmant, vous êtes charmante, Sara.

- Eh Michael ! On peut se passer de ce genre de commentaire. »

Elle pique du nez dans sa tasse pour dissimuler son envie de rire, sans savoir ce qui en réalité la provoque : l’aveu intempestif, ou la réaction de Lincoln qui semble oublier, ou ignorer, les commentaires auxquels elle était quotidiennement confrontée à Fox River.

« Oh ? J’ai dit ça à voix haute ? »

Il rechigne à boire le café qui n’a pas été sucré (d’où elle en déduit que d’une façon ou d’une autre, son prétendu diabète était cela... prétendu : un autre point à éclaircir en temps utile) et elle insiste en poussant de nouveau la tasse vers lui. Elle a la curieuse impression que Lincoln et elle sont les deux seuls adultes de la pièce.

Elle n’est pas vraiment surprise lorsqu’il s’effondre contre l’accoudoir du canapé, les bras refermés sur un coussin. Elle est seulement étonnée que ça ne se soit pas produit plus tôt.

« Doc’... » Il y a du soulagement dans la voix de Lincoln. « ... Michael a un plan. »

Comme c’est étonnant.

« Michael a toujours un plan, » rétorque-t-elle en le regardant par-dessus le bord de sa tasse. Elle sait qu’il a un plan parce qu’il le lui a dit au téléphone. Pour l’instant, elle n’est pas très intéressée par ce qu’il a pu planifier parce qu’elle aussi a un plan : achever d’éliminer de son système l’excès de morphine. Pour le reste, elle verra plus tard. « Restez là, reposez-vous, dit-elle. Je vais me recoucher. »

Il la regarde comme si elle avait perdu l’esprit.

« Quoi ? fait-il en réaction à sa proposition. Quoi ? répète-t-il. On ne peut pas rester là, on ne devrait pas être là. La moitié des flics de... »

Elle lui sourit et lui explique gentiment que la police et le FBI ont tendance, ces jours-ci, à l’avoir à l’oeil : s’ils avaient remarqué la moindre activité suspecte, ils se trouveraient déjà là, arme au poing. Envahissant son salon – de nouveau. Si elle exagère en affirmant qu’ils campent autour de chez elle, ce n’est pas de beaucoup.

Il élève un tout petit peu la voix pour attirer son attention alors qu’elle est déjà en train de se lever.

« Doc’, dit-il sur un ton incertain, vous n’êtes pas... en colère ? »

Oh, elle est en colère. Au point qu’elle aimerait pouvoir arracher les yeux de Michael, puis les lui remettre en place rien que pour recommencer. Et faire ça deux ou trois fois. C’est le genre de colère que l’on ne peut éprouver qu’une fois et elle ne va pas la gâcher en la libérant contre quelqu’un qui est assez ivre pour s’endormir sur son canapé en serrant un petit coussin contre son estomac et qui aura sans doute tout oublié demain. Elle garde ça pour le moment approprié. Après ce par quoi elle est passée, elle estime qu’elle mérite un pétage de plomb en bonne et due forme, avec un public conscient, alerte et réactif.

« Si, répond-elle, je suis en colère. Mais l’objet de ma colère étant endormi sur mon canapé, je ne vois pas l’intérêt de l’exprimer pour l’instant. »

Elle ramasse la batte de base-ball et la cale bien au creux de sa main. Quand elle referme la porte de la chambre derrière elle, elle se dit que, vraiment, ne pas avoir appelé les flics était une bonne idée. Rien que pour l’expression incertaine de Lincoln et pour le petit sifflement ridicule qu’émet Michael lorsqu’il dort, la bouche légèrement ouverte.

*-*-*


Quand elle se réveille le lendemain matin, il fait déjà jour. Le salon est vide, les coussins du canapé ont été remis en place avec une certaine maladresse. Quelqu’un a lavé les tasses et les verres, ainsi que, note-t-elle avec satisfaction, la petite bassine bleue. Le flacon d’aspirines a disparu. Et lorsqu’elle ouvre le placard pour ranger la vaisselle, elle y trouve une petite enveloppe.

*-*-*


16-25 septembre 2006


* A propos de Papillon