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13 June 2007 @ 08:02 pm
Prison Break - Au fil de l'eau (1/3)  
Titre : Au fil de l'eau (1/3)
Auteur : clair_de_lune
Spoilers : Saison 2, épsode 22
Public : Tout public
Mots : ~ 7800 (au total)
Disclaimer : Ils sont à moi, rien qu’à moi, entièrement à moi, tous autant qu’ils sont... OK, OK, ils ne m’appartiennent pas et je n’en tire aucun bénéfice sonnant et trébuchant.
Prompt : Michael/Sara, Lincoln, un bateau, une bonne bouteille et la phrase "Chacun de mes actes est une destruction". Pour squeeee_girl dans le cadre de pbff_echange.

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Dix secondes.

C’est le temps qu’il lui faut pour essuyer l’eau de pluie qui lui trouble la vue, laisser ses yeux s’habituer à la pénombre du long corridor et comprendre que Fox River ressemblait à un endroit civilisé. Il ne sait pas s’il va pouvoir survivre ici. Il ne sait pas s’il va pouvoir ressortir d’ici. Il ne sait pas dans quel état il sera s’il ressort d’ici. Mais il sait que c’est pour Lincoln et Sara et il commence à avancer et à s’enfoncer dans les ombres mouvantes.


Dix minutes.

C’est le temps qu’il faut à Lincoln pour suivre et coincer dans une petite allée le type qui file Sara depuis qu’elle est sortie du poste de police dans le centre. L’homme présente toutes les caractéristiques d’un agent de la Compagnie et sans un mot, sans une question, Lincoln commence à cogner, d’abord en le plaquant contre le mur puis en se penchant sur lui quand il glisse sur le sol. Il prend garde de ne pas infliger de blessures fatales mais frappe avec assez de détermination et d’enthousiasme pour laisser l’autre sur le carreau de façon durable. Parce que c’est ainsi qu’il résout ce genre de problème. Et aussi parce qu’après ce qu’il s’est passé depuis quelques jours, il a vraiment besoin de se défouler. Dans ces conditions, un agent de la Compagnie est presque un don du ciel.

Sara est revenue sur ses pas, elle est appuyée au mur sale de l’autre côté de la ruelle, légèrement penchée en avant, les mains sur les genoux. A une ou deux reprises, elle essaye de l’arrêter d’un « Lincoln, ça suffit. » mais elle manque pour le moins de conviction. Lincoln suppose qu’elle connaît et comprend cette sensation : la colère qui monte, enfle, se transforme en fureur aveugle au point qu’il n’y qu’un exutoire envisageable. Elle a utilisé une cordelette de capuche, il utilise ses poings, mais dans les deux cas, l’intention est identique – rendre coup pour coup.

Il finit par l’entendre lorsqu’elle lui dit qu’ils vont attirer l’attention. Il l’attrape par le bras et l’entraîne derrière lui à toute allure, aussi loin que possible de la petite allée et de l’homme de la Compagnie. Quand ils s’arrêtent enfin, elle se penche de nouveau en avant, les mains de nouveau sur les genoux, et elle cherche sa respiration. Au bout de quelques secondes, elle se redresse, fouille dans son sac et lui lance une petite bouteille d’eau en plastique. Il la reçoit avec surprise puis gratitude quand il réalise qu’il a soif.

« Votre frère est un imbécile.

- Vous ne pensez pas ça, dit-il en lui rendant la bouteille.

- En cet instant précis ? »

Il se souvient de Michael ouvrant son bleu de travail et exhibant fièrement les tatouages. Il imagine Michael agenouillé, mains sur la tête, pour avouer sa culpabilité dans la mort de Kim. Ouais. En cet instant précis, il est assez d’accord avec elle.

« Je vais essayer de récupérer le bateau et on réfléchira à la façon de..., » dit-il à Sara, mi-question, mi-proposition.

Elle se contente de hocher la tête.


Dix soirées.

C’est le temps qu’il lui faut pour renoncer à l’idée de foutre Sara à la flotte et lever l’ancre le plus rapidement possible.

Vraiment.

Sara n’est pas désagréable. Efficace, patiente, solide ; une fois ou deux, elle est même parvenue à le faire sourire ce qui, ces jours-ci, n’est pas un mince exploit. Mais partager avec elle l’espace réduit du Christina Rose II – puisqu’il a baptisé le rafiot Christina Rose II – lui rappelle l’époque où il partageait l’espace réduit d’un appart’ avec Mike. Elle peut être aussi maladivement maniaque que son frère (plus agréable à regarder, cependant, mais c’est quelque chose qu’il ne veut ni ne peut faire) et elle trouve en plus le moyen de se justifier et d’avoir raison. Ils sont sur un petit bateau : une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Ils manquent d’infos : chercher et ne pas se précipiter. Ils ont encore des tueurs aux trousses : faire profil bas. Ils ne peuvent compter que l’un sur l’autre : ne pas disparaître pendant deux heures sans prévenir, bon Dieu.

Il pourrait poursuivre ainsi à l’envi.

Les soirées sont le pire parce que si le bateau est au mouillage, ils se retrouvent séparés par moins d’un mètre, allongés chacun d’un côté de la minuscule cabine, sur des lits qui feraient passer pour luxueuse la couchette dont il disposait à Fox River, et il entend sa respiration près de lui. Calme, maîtrisée, régulière. Pas même un soupir quand il se tourne pour la quinzième fois en dix minutes et fait craquer et grincer le bois du caisson qui tient lieu de sommier. Juste certains soirs une question, légèrement sarcastique, « Vous voulez une tisane ? » comme s’il était du genre à ingurgiter ce genre de machins.

Parfois, il se dit que la seule raison pour laquelle il ne l’a pas encore foutue à la flotte et n’a pas levé l’ancre le plus rapidement possible, c’est parce que...

« Ah... vous naviguez...

- Je suis une fille de Gouverneur. Ex. Je monte à cheval, je joue du piano et je navigue .

- Mais vous ne cuisinez pas. Pas vraiment.

- Non. Mais je peux vous soigner si vous êtes malade après avoir mangé ce que j’ai préparé. »

... parce que, oui, Michael navigue... naviguait... naviguera ? alors que c’est, sans surprise aucune, quelque chose que Lincoln n’a jamais appris à faire.

Mais ce soir, en attrapant un oreiller, Sara tombe sur le paquetage qui attend Michael et elle fixe pendant plusieurs secondes la petite pile de vêtements et objets de première nécessité, avec autant de tristesse que de détermination. Si bien que pour la première fois en dix soirées, au lieu d’avoir envie de la foutre à la flotte, Lincoln lui pose une main sur l’épaule et il ne dit rien.

Deux heures plus tard, il se retourne lourdement sur sa couchette et fait couiner le sommier ; il entend Sara souffler, se redresser et jurer comme un charretier quand elle se cogne la tête.

« Tu veux bien arrêter de faire ça ? » dit-elle avec exaspération.


Dix heures.

C’est le temps qu’il leur faut pour le retrouver, le ramener à bord du Christina Rose II et prendre le large après qu’il s’est évadé de Sona. Ils sont rapides, ils deviennent doués pour ce genre de chose et si la situation s’y prêtait, elle serait presque fière d’eux. La situation étant ce qu’elle est – un fugitif blessé, un ancien condamné à mort et... elle, coincés sur un petit bateau au milieu de nulle part, poursuivis par une organisation létale – elle estime plus sage de ne pas gloser.

Elle aide son frère à le sortir de la voiture et à lui faire remonter le ponton jusqu’au bateau. Là, l’espace devient si réduit, la manoeuvre si périlleuse, qu’elle préfère rester à l’écart et laisser Lincoln, moitié le traînant moitié le portant, le faire basculer sur la couchette qu’elle occupe d’habitude. Le jour est en train de tomber rapidement, la lumière est telle qu’elle ne voit pas grand-chose et, pour tout dire, aussi longtemps que cela reste possible, elle s’efforce de ne pas remarquer certains détails. Mais bientôt, il est étendu, les paupières closes, et elle ne peut que remarquer : qu’il a maigri de façon effarante ; que la chair sous les yeux est creuse et bleutée ; qu’il a des ecchymoses et des coupures plus ou moins sérieuses sur les mains et les bras. Elle redoute ce qu’ils vont trouver quand ils vont le déshabiller et elle repousse l’échéance de quelques secondes encore.

Le torse est très relativement épargné, le dos est... Il y a un bruit étrange derrière elle et elle se retourne et lève la tête vers Lincoln. Il est blême, le regard fixé sur les meurtrissures et les lacérations, sur la peau affreusement multicolore entre les lignes d’encre gris bleu. Sa pomme d’Adam monte et descend deux ou trois fois tandis qu’il essaye en vain de déglutir et il s’éclaircit la gorge.

« Je... »

Fascinant comme un type, qui d’ordinaire est capable de filer une raclée à quelqu’un sans sourciller, peut se décomposer à vue d’oeil devant les séquelles d’un passage à tabac en bonne et due forme.

« Tu me donnes la trousse de secours, s’il te plaît ? »

Elle ne se laisse pas le droit de réfléchir à ce qu’elle fait, à la façon dont les lésions sont arrivées là. Elle se concentre sur la tâche à accomplir, sur le fait qu’elle a déjà vu et soigné bien pire, sur l’idée que ce n’est qu’un acte de plus à pratiquer. Elle nettoie, désinfecte, s’attarde sur la zone de peau brûlée qui n’avait pas cicatrisé et se trouve de nouveau à vif, suture, ignore Lincoln qui oscille derrière elle. Il finit par reculer et s’asseoir sur le petit canapé dans le carré, et elle réalise que c’est parce qu’elle lui a dit qu’il lui coupait la lumière et la gênait.

« Chacun de mes actes est une destruction, » murmure-t-il.

Elle se retourne dans un sursaut et croise son regard, mais elle n’a pas le temps de réagir car c’est le moment que Michael choisit pour faire savoir qu’il est lucide. Cela signifie donc qu’il est conscient d’être recousu en ayant reçu en tout et pour tout un analgésique à l’efficacité des plus contestables. Il ne bronche pas. Elle serre les dents ; s’il n’était pas déjà en piteux état, elle... elle... elle ferait certainement quelque chose pour lui faire regretter ce genre d’attitude.

« J’ai soif, je peux avoir une bière ? »

Un son peu raffiné, entre la protestation de colère et le reniflement de dérision, échappe à Sara. « De l’eau, dit-elle à Lincoln. Ou du thé. » et elle n’a nul besoin de le regarder pour savoir qu’il lève les yeux au plafond.

Quand elle a fini de soigner et panser, d’aider Michael à boire son thé, quand il est allongé aussi confortablement que possible et recouvert d’un drap propre, elle le laisse avec Lincoln et elle sort sur l’arrière du bateau. L’air est moite et humide mais le vent du large apporte un souffle plus frais et elle s’assoit sur le bastingage pour en profiter. Les yeux clos, elle essaye de chasser l’image des blessures, en faire abstraction, la repousser dans un petit recoin de son esprit.

Ca ne fonctionne pas. La quantité d’informations qu’elle peut bloquer, tout comme la durée pendant laquelle elle y parvient, est limitée.

« Si tu te fiches à la baille, je ne plonge pas pour te repêcher, la prévient Lincoln.

- Une corde ou une bouée fera l’affaire. »

Elle rouvre les yeux pour le découvrir debout devant elle, se balançant maladroitement d’une jambe sur l’autre. Un type de sa taille à bord d’un bateau pareil... c’est un sale coup que lui a fait Michael.

« Tu ne crois pas que ce qui l’aurait vraiment détruit, ç’aurait été qu’ils t’exécutent ? »

Elle ne devrait pas avoir besoin de lui dire ça, n’est-ce pas ?

« Ou qu’ils t’enferment pour avoir buté cet enfoiré de Kim, » approuve-t-il.

Mais elle comprend la culpabilité que cela engendre. Elle la comprend vraiment. En réalité, elle la sent lui ronger et retourner l’estomac. Si Kim revenait d’entre les morts et apparaissait devant elle, elle pourrait le tuer de nouveau pour la peine et la souffrance qu’il a causées – cette fois à mains nues afin de sentir chaque souffle de vie lui échappant. Ce serait un juste retour des choses.

« Ca ne rend pas la situation plus facile, hein ? dit-elle entre ses dents serrées.

- Non. »

Ils parlent à voix basse. Pas assez basse, cependant : c’est peut-être le vent qui porte les sons vers la cabine ou c’est peut-être le silence de la nuit à peine brisé par le clapotement de l’eau, mais quand ils reviennent à l’intérieur, Michael entrouvre les yeux et leur dit d’une voix ensommeillée : « Il faut commencer par détruire, pour pouvoir reconstruire. »

Ca tombe bien, ils sont, tous les trois à des degrés différents, réduits en petits morceaux. « Dors, Michael, répond-elle doucement, tu philosopheras plus tard. » Elle s’allonge près de lui par-dessus le drap, tassée dans l’étroit espace disponible. Il tourne la tête vers elle, enfouit le visage dans ses cheveux et inspire comme un petit animal cherchant une odeur familière et rassurante ; elle pose la main sur une portion de bras à peu près épargnée et un baiser sur sa tempe. Elle entend sa respiration devenir plus ample et profonde, apaisée et régulière, et elle sourit de se découvrir de telles dispositions thaumaturges.

Ni Michael ni elle ne prêtent attention à Lincoln quand il fait remarquer qu’il y a une troisième couchette, puis demande pourquoi aucun médecin n’a jamais jugé utile de lui prescrire pareil traitement.

x-x-x-x-x
 
 
Current Mood: hothot
 
 
 
Beckysqueeee_girl on June 13th, 2007 06:22 pm (UTC)
ohhhhhhhhhhhhhhhh ♥
tu fais une suite !!! :D Trop coooool ! J'ai hâte de lire la suite !
Beckysqueeee_girl on June 13th, 2007 06:32 pm (UTC)
bon... toutes mes excuses. Je suis dans un état...comment dire... hallucinatoire. Oué... y'a un peu deux concerts qui m'attendent, pleins de beaux mecs et tout et tout... ^^ alors j'ai pas fait gaffe que tu avais fait un découpage ^^...

*mode essorage neuronique* quand tu nous tiens ...
Clair de Lune: pb - michael4clair_de_lune on June 13th, 2007 06:40 pm (UTC)
lol, désolée, non, pas de suite *g* Déjà qu'encore une fois, j'ai écrit une fanfic post série, se terminant dix ans après la fin de ladite série...

Bons concerts ;-)
Melie-ancolie: pic#62713734tearlemondrop on June 14th, 2007 07:25 pm (UTC)
De toute façon je ne voyait pas trop de suite a cette fic ^^ (en meme temps c'est pas moi l'auteur donc je me tais!)
J'aime beaucoup. J'ai lu un bout ce matin et j'était arrivée a un moment ...crucial on va dire quand j'ai du partir (la description de Michael Post-Sona)donc j'était impatiente de lire la suite et je ne suis vraiment pas déçue!
Petites questions :
-Aime tu cette fanfic?
-Dis, qu'on laisse des commentaires ici ou sur Bolshoi Booze,cela fait une différence ?

"cet enfoiré de Kim, " J'ai utilisé cette expression dans une fic! J'emploi souvent "ce crétin d'agent Kim" ...J'adore (adorait, a moins qu'il ne soit pas humain) l'agent Kim. En fait je me moquais de lui , surtout quand il est faché , sa tete est tellement marrante!
Ah oui! C'est quoi des Disclamers déja ? Ou plutot , comme je suis pas sure d'avoir un jour su ce que c'est, c'est quoi?
Bonne nuit ^^ !
Clair de Lune: origami - canardclair_de_lune on June 14th, 2007 08:03 pm (UTC)
Le "disclaimer" est le petit texte annonçant que les personnages et leur univers ne nous appartiennent (hélas) pas et que l'on ne retire pas de profit financier de l'écriture des fanfics. Après, c'est libellé de façon plus ou fantaisiste.

Je n'ai pas vraiment de préférence sur l'endroit où on laisse les commentaires. Si c'est quelqu'un qui n'a pas de LJ, je préfère que ce soit sur le site, et par ailleurs ça me fait bizarre de voir les gens qui commentent habituellement sur le site venir ici. Mais à part ça, pas vraiment de préférence ;-)

Est-ce que j'aime cette fic ? *lol* Pourquoi cette question ?
Quand je l'ai terminée, je ne voulais plus la voir (elle a été dévoreuse de temps), mais on va dire que maintenant, je suis "neutre" à son égard. Je n'ai rien contre elle, mais elle ne fait pas partie de mes préférées. En fait, aucune de mes fanfics longues (que ce soit Bonne idée, Vous revoir ou celle-ci) ne fait patie des mes préférées. Chais pas pourquoi, en général, je suis plus "contente" des vignettes.
Melie-ancolie: Girl with Lemonstearlemondrop on June 15th, 2007 05:47 am (UTC)
Merci beaucoup !
Je me suis dit apres l'avoir lue que tu pouvais en etre fiere (celon moi en tout cas ^^) et je me suis demandé si c'était le cas. En générale je suis contente de mes longues fics et pas des courtes ni des drabbles, je suis incapable de faire un truc court, il manque tuoujours un mot, une expression...Bref ^^
Merci d'avoir répondu et bravo pour cette fic!