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06 October 2006 @ 01:17 am
Prison Break - Un poisson dans un bocal  
Titre : Un poisson dans un bocal
Auteur : clair_de_lune
Spoilers : Aucun
Note : Evidemment, c’est plus parlant si l’on sait que dans la version originale, Michael est surnommé "Fish" (poisson), ce qui est l’argot désignant un nouveau détenu. Pour le reste... je ne suis pas douée pour les titres ^^
Résumé : Il se sent à sa place, comme un poisson dans un bocal. Considérant les raisons pour lesquelles il est ici, c’est loin d’être aussi négatif qu’il y paraît de prime abord.



Il se sent à sa place, comme un poisson dans un bocal. Considérant les raisons pour lesquelles il est ici, cette assertion loin d’être aussi négative qu’il y paraît de prime abord. Il suffit de garder à l’esprit que le poisson connaît son bocal : ses limites, ses possibilités, les petits rochers dans lesquels il peut s’abriter et ceux qu’il est préférable de laisser à ses congénères. Pas comme un poisson dans l’eau car ce serait présomptueux de sa part (et l’eau, pour filer la métaphore, est ici quelque peu faible en oxygène), mais dans un bocal, oui. Avec la solution pour sortir du bocal, évidemment, sans quoi tout ceci serait... vain.

Quand il est arrivé, ils lui ont fait remplir une fiche d’identité, puis ils l’ont fait déshabiller et ils l’ont fouillé – dans cet ordre (et ce n’est pas un bon souvenir, étant donné qu’il n’y avait du coup plus tellement d’endroits où il aurait pu dissimuler quelque chose, mais il ne s’attendait pas à se faire beaucoup de bons souvenirs ici). Un médecin, qui n’était pas la jeune femme sur laquelle il s’est renseigné, l’a rapidement examiné et a noté ses antécédents médicaux puis l’a laissé aux bons soins d’un infirmier qui l’a pesé et mesuré ; il suppose que le charmant docteur Tancredi ne se charge pas de ce type de corvées relevant de l’examen de bestiaux.

Puis ils l’ont fait passer au scanner, si bien qu’il s’est demandé si la première fouille avait réellement un autre but que la simple humiliation, et à la douche, et ils lui ont donné un paquetage en lui ordonnant de se rhabiller fissa. Ils ont inventorié ses possessions devant lui, les ont enfermées dans une boîte scellée avec ses vêtements civils et lui ont fait signer un reçu qu’ils ont classé.

Enfin, ils lui ont ordonné de s’asseoir, sur ce banc, là, en attendant que le capitaine Bellick lui attribue son numéro de cellule. Le tout a pris une bonne partie de la journée, au milieu du brouhaha des conversations de plusieurs dizaines d’hommes qui ne baissent d’un ton que lorsqu’un gardien se met à aboyer pour avoir un peu de calme.

Il n’est là que depuis quelques heures et il constate que ce lui a dit Lincoln est vrai : le temps en prison s’écoule sur un rythme différent. Beaucoup plus lent, paraissant s’étirer sans fin. Sauf bien sûr lorsque vous vous rapprochez du jour de votre exécution ou que vous avez élaboré un plan soigneusement minuté pour faire évader votre frère. Il avance dans ce qui semble être sa centième file d’attente depuis ce matin et il se dit que cela pourrait être une excellente illustration du mot relativité.

Il est dans sa cellule – il se répète les deux mots plusieurs fois, sa cellule – debout derrière la grille, les mains refermées autour des barreaux. Son co-détenu, un certain Sucre, a relevé les yeux de son magazine le temps de lui indiquer qu’il pouvait prendre la couchette du bas. Pouvait n’est pas le terme exact puisqu’il n’a pas eu le choix, mais d’une façon ou d’une autre, il doute de pouvoir discuter sémantique. Il se demande si Sucre sera un problème et si oui, de quelle façon il le règlera.

La cellule mesure 4,90 m², elle est équipée d’un lavabo rudimentaire, de toilettes, d’une minuscule table rabattable et de lits superposés faisant environ le tiers en largeur de celui dans lequel il dormait encore quinze jours plus tôt. Le métal des barreaux est irrégulier et désagréablement tiède sous ses doigts. La toile de son pantalon est rêche et rigide, et le coton grossier de son sweat frotte péniblement sur les parties les plus fraîches de ses tatouages. Les murs sont sales et gris, tout comme le sol, le plafond et la lumière. Son compagnon de cellule est plongé dans un magazine sur la couverture duquel une fille en tenue affriolante chevauche une moto, et Michael pense que le type est vraiment en train de lire les articles. Il écoute distraitement les commentaires, sifflements et appels en provenance des autres cellules, certains lui étant de toute évidence destinés.

Il se sent toujours à sa place.

Sucre l’invite en termes colorés à s’asseoir en lui expliquant qu’il n’a de toute façon rien d’autre à faire, et il doit fournir un effort pour ne pas sourire.

Il y a de l’activité en bas, un groupe de détenus qui rentre en cellules, et soudain du remue-ménage. Il n’a pas le temps de comprendre ce qu’il se passe, un des hommes s’écroule sur le sol, poignardé en plein abdomen, et une vague de clameurs s’élève. Il sent son estomac lui remonter dans la gorge et il se redresse légèrement. Derrière lui, Sucre se laisse glisser de sa couchette.

« Bienvenue à Prisneyland, le bleu, » lui dit-il d’un air désabusé.

Il regarde le hall être évacué rapidement, efficacement, et pour la première fois, il a peur. Il a tout prévu dans les moindres détails. Mais il n’a pas pu prévoir ni se préparer à ce qu’il ne connaissait pas – savoir est une chose, connaître en est une autre : de la différence entre la théorie et la pratique.

Il se sent toujours à sa place.

Il a laissé derrière lui un loft parqueté de cent vingt mètres carrés meublé d’acier, de cuir, de lin et de bois exotique, avec des baies vitrées et une vue plongeante sur le fleuve ; des costumes à mille cinq cents dollars pièce, des pulls en cashmere et des souliers en cuir pleine fleur ; des restaurants dans lesquels le sommelier lui apportait la carte de vins et lui demandait s’il désirait être conseillé ; des gens qui parlaient sur un ton feutré dans des bureaux à l’atmosphère tout aussi feutrée ; des jeunes femmes qui lui souriaient lorsqu’il s’installait sur un tabouret de bar près d’elles ; des livres, des livres, des livres sur tout et n’importe quoi ; pas vraiment d’amis en dehors de Veronica, mais des gens avec qui il s’entendait et qui ne poignardaient personne – pas physiquement, en tout cas. Il avait une existence tirée au cordeau, soigneusement édifiée, dans laquelle tout était luxueux, mais rien n’était extravagant. Le plus souvent, l’extravagance, ou plus précisément le chaos était apporté par Lincoln.

Ici, c’est l’inverse : rien n’est luxueux – euphémisme – mais tout est extravagant depuis la façon dont les cellules s’entassent les unes sur les autres comme des petits clapiers étouffants jusqu’au déploiement de précautions, visiblement insuffisant toutefois, qui entoure les déplacements des prisonniers. Et d’une certaine façon, Lincoln apportera l’unité puisque tout tournera autour de lui.

Lincoln est à quelques centaines de mètres de lui. Il a l’impression, s’il se concentre assez, qu’il pourra entendre sa respiration au travers des murs, par-dessus les sonneries, les bourdonnements, les claquements, les grincements constants.

Michael se sent à sa place car il est exactement là où il est supposé être : en position de faire sortir son frère du bocal.

FIN


10 septembre 2006


Post scriptum : Ce n’est pas vraiment allé dans la direction que j’avais en tête. Je prévoyais quelque chose de plus court (encore plus court, du moins) et ne "résumant" pas ainsi certains passages du pilote. Mais puisque c’est sorti, je vais le garder comme ça ;-)