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21 February 2007 @ 06:17 pm
Prison Break - Vous revoir (3/4)  
Titre : Vous revoir (3/4)
Auteur : clair_de_lune
Spoilers : --- Post-série
Public : Tout public
Disclaimer : Pas à moi. Je les emprunte pour quelques lignes et les rends juste après.
Notes : Cette fanfiction est supposée faire partie d'un "ensemble" de fics et se dérouler après Luxe(s), Un truc que je ne vous ai pas dit et Télécommandé.

Parties précédentes / Parties suivantes



Des années plus tôt, au prix de quelques efforts, il était parvenu à maîtriser l’essentiel des compétences sociales de base lui permettant d’être à l’aise en toutes circonstances ou presque. Il ne comprenait pas toujours les gens, ni le pourquoi et le comment de leurs actes, mais ça passait presque inaperçu sous son vernis de bonnes manières.

Il est à l’aise dans tout un tas de circonstances, à présent, parfois un peu trop à l’aise à son goût (il a essayé, mais il n’est jamais arrivé à acquérir le détachement averti et bienveillant de Charles : ça l’a placé dans des situations qu’il aurait regretter s’il avait eu un peu de bon sens). Mais ces circonstances n’incluent plus le mariage de son neveu dans une résidence huppée. C’est une des choses que la prison lui a enlevées. Du coup, il est assis à l’écart, sous un arbre, avec l’assiette qu’une serveuse lui a artistiquement dressée et une flûte de champagne frappé juste comme il faut. Il regarde LJ et Elizabeth danser, heureux pour eux et heureux d’être là.

Elle porte toujours le même parfum, c’est la première chose qu’il perçoit lorsqu’elle approche de lui, une odeur douce et acidulée, fruitée (non qu’elle se parfumait pour aller travailler, mais l’odeur restait accrochée sur ses vêtements, dans ses cheveux, sur elle : il l’a évoquée assez souvent pour le savoir). Il se lève poliment et se retourne. Le garde du corps s’arrête assez loin pour rester hors de portée de voix, elle continue d’avancer et il ressent une bouffée d’inquiétude en réalisant qu’il n’a pas planifié ça. Il n’a pas planifié ce qu’il va dire à Lincoln – s’il dit quelque chose à Lincoln – et il n’a pas planifié ce qu’il pouvait dire à Sara.

Il inspire à fond et se dit que, peut-être, il a déjà planifié beaucoup trop de choses concernant Lincoln et Sara.

« Sénateur Tancredi, » salue-t-il avec un demi-sourire.

Elle est tellement... peu différente de l’image qu’il a gardée d’elle : juste les cheveux un peu plus clairs, quelques fines lignes lui marquant le coin des yeux, et son expression dégageant, sous l’apparente douceur, une force dont elle n’est pas tout à fait consciente – encore qu’elle a dû en prendre conscience, à présent, elle a eu de multiples occasions d’en prendre conscience. En partie grâce à lui. A cause de lui.

« Monsieur Scofield. » Elle bouge le bras et il pense qu’elle va lui tendre la main : il la saisit et la serre formellement, et Sara lève les yeux au ciel. « Oh, pour l’amour du ciel, Michael, ne sois pas aussi coincé. »

Sans lui lâcher la main, elle le tire vers elle et l’embrasse sur la joue ; ça dure une fraction de trop que ce qui est nécessaire pour un baiser strictement amical, avant qu’elle ne se laisse tomber sur la chaise près de celle qu’il occupait. A quelques mètres de là, le garde ne bronche pas et surveille en affectant de ne rien voir. Pendant une seconde, elle se demande si le garde est capable de cafter auprès du Dir Com – il semblerait que la première fois qu’elle s’est présentée à une élection, elle ait perdu une partie significative de sa liberté d’action. Du moins les gens qui travaillent pour elle, Elizabeth en tête, le conçoivent-ils ainsi.

Il a changé, plus que Lincoln mais elle suppose qu’il y a une certaine logique en cela : lorsqu’elle a fait la connaissance de Lincoln, il avait déjà une accusation de meurtre, un procès médiatique et une condamnation à mort derrière lui ; les épreuves pour Michael – les épreuves les plus rudes, en tout cas – sont venues après qu’ils se sont rencontrés. Son visage est à peine marqué, il a toujours eu l’air un peu plus jeune que son âge, mais ses yeux... ses yeux... Cependant, lorsqu’il s’assoit en face d’elle et la regarde, il a cette même expression que des années plus tôt, mi-affection mi-provocation, et elle se cale dans sa chaise en constatant qu’elle n’est pas totalement immunisée. Pas immunisée du tout.

Du tout.

« Sénateur, donc, répète-t-il parce qu’il ne sait pas trop quoi dire, et peut-être... »

Elle hoche la tête. « Et peut-être.

- De toutes les personnes que j’aurais imaginé se lancer en politique... »

De nouveau, il ne va pas jusqu’au bout de sa phrase ; il semble avoir un problème à terminer ses phrases, il n’a pourtant jamais eu de mal à s’exprimer en sa présence. Il tapote du bout des doigts sur le pied de sa flûte de champagne, mais ne boit pas et ne touche pas à son assiette.

« Alors, Lincoln et toi êtes... amis ? »

Nouveau hochement de tête. Amis. Elle n’a jamais voulu essayer de mesurer dans quelles proportions au juste elle représentait pour Linc un substitut et palliait l’absence de son frère – et réciproquement, dans quelle mesure il représentait pour elle le dernier lien avec Michael. Parce que si cela a été vrai au début, ça a depuis longtemps cessé de l’être.

Elle se mord les lèvres et, avant d’avoir pu réfléchir, laisse échapper sotto voce : « Tu n’as même pas essayé de te défendre. »

Elle sait que c’est la chose à ne pas dire, c’est là-dessus que s’est achevée leur dernière conversation : il s’est levé, lui a poliment (si poliment que si une vitre en verre ne les avait pas séparés, elle aurait pu le gifler) demandé de ne pas venir le voir / ne pas l’attendre / ne pas essayer d’intercéder en sa faveur et il est sorti, et elle n’a rien pu faire car aucun surveillant ne retient un détenu qui veut quitter le parloir. Mais cette fois, elle est chez elle. Et elle sait que l’idée va lui tourner dans la tête jusqu’au moment où elle devra l’exprimer. Autant s’en débarrasser tout de suite.

Les doigts arrêtent de tapoter sur la flûte de champagne.

« Sara... Des gens sont morts parce que j’ai permis à Bagwell de sortir, des gens ont été blessés et ont souffert à cause de ce que j’ai fait. Et en outre...

- Tu n’aurais pas dû retourner en prison.

- ... ce n’était pas censé se passer comme ça.

- Comme quoi ?

- J’avais le choix entre m’enfuir au Panama et ne plus voir... » Pause. « ... les personnes qui comptaient pour moi ou me rendre, purger ma peine et avoir l’opportunité de continuer à voir... » Nouvelle pause. « ... les personnes qui comptaient pour moi.

- Et c’est un raisonnement qui a bien fonctionné, puisque certaines des... » Pause (et il se demande si elle l’imite sans le vouloir ou si elle se moque de lui). « ... personnes qui comptaient pour toi ne t’ont pas vu depuis dix ans.

- C’est justement ce qui n’était pas censé se passer comme ça, reconnaît-il.

- Le facteur humain est toujours un problème. »

Elle tend la main et prend un des délicats toasts posés dans son assiette. Le geste est naturel, familier, et d’autant plus étrange. Il ne pense pas qu’elle s’en rende compte.

« Donc..., fait-il en constatant qu’elle n’ajoute rien. On ne va pas avoir cette conversation de nouveau, n’est-ce pas ?

- Ce n’est pas une conversation, c’est mon opinion sur la situation. » Un autre toast. « Et je pense que je suis bien placée pour l’exprimer, puisque je fais partie des gens qui ont été blessés et ont souffert à cause de ce que tu as fait. » C’est un coup bas. Elle en a quelques autres en réserve comme ça – dix ans à les accumuler – et elle se promet qu’elle va essayer de les retenir. Pour aujourd’hui, en tout cas. « Je suis désolée. Ce n’est pas comme ça que j’avais prévu les choses, » avoue-t-elle, et il relève vivement la tête en entendant "prévu" : oui, elle aussi elle peut prévoir. En l’occurrence, elle avait prévu d’être polie et flegmatique, et de ne pas mentionner les différends qu’ils pouvaient avoir. Elle l’a embrassé, a embrayé sur la discussion qu’elle s’était promis d’éviter et a mangé dans son assiette : "polie et flegmatique" n’est pas un franc succès.

Pendant quelques minutes, elle continue de piller le contenu de son assiette, si bien qu’il finit par lui proposer la flûte de champagne « Je n’y ai pas touché. » et elle secoue la tête. Pas d’alcool pour elle – ni aucune autre substance susceptible d’entraîner une dépendance. Bien sûr. Il y a tellement de petits détails. Par exemple...

Il baisse les yeux. Elle a les mains posées sur la table, élégamment croisées à hauteur des poignets. Il regarde ses doigts et, avant qu’il ait eu le temps de tout à fait enregistrer ce qu’il voit, il entend la voix de Sara s’adresser au sommet de son crâne.

« Divorcée, lui dit-elle. Mariée il y a sept ans, divorcée deux ans plus tard, pas d’enfant. »

Elle soulève ses mains, les doigts écartés, et les laisse retomber sur la table comme pour souligner ses paroles, et il relève la tête et la considère avec un certain embarras. Il ne sait pas pourquoi il a fait ça : elle est un personnage public, pas une célébrité mais un personnage public, et son état matrimonial est également du domaine public.

« J’ai toujours été aussi transparent ?

- Non, rétorque-t-elle. Non, il y a même eu une époque où tes motivations m’étaient pour le moins opaques. »

Il y a une pointe de rudesse dans sa voix, qu’elle semble aussitôt regretter car elle se lève et lui tend la main.

« Tu veux danser ? »

Il regarde la main tendue. Elle a les ongles courts, coupés droits, non vernis. Comme avant. Le sénateur a gardé ses mains de docteur, songe-t-il.

« Danser ?

- Bouger en rythme avec la musique, explique-t-elle. Ca se fait, à un mariage. »

Il n’a pas dansé depuis... depuis... depuis assez longtemps pour que leur discussion un peu lapidaire lui paraisse plus confortable. C’est dire. Mais elle insiste, agite les doigts en un geste l’incitant à se lever. Il se demande s’il doit vraiment lui prendre la main ou s’il peut se contenter de marcher à côté d’elle en direction de la piste de danse. Il se décide pour une alternative et lui offre son bras. Elle lui lance un regard en coin et doit penser qu’il ne l’entend pas lorsqu’elle laisse échapper sur un ton sarcastique « Vieux jeu. »

Elle s’appuie sur son bras, cependant.

-=-


La discussion un peu lapidaire était vraiment plus confortable. En dépit de sa soudaine incapacité à former des phrases complètes et intelligentes et en dépit des petites piques de Sara. Parce qu’il y a à présent le bruit de la musique et celui des conversations, la foule qui tourne autour d’eux et des gens qui les regardent. Plus précisément, quelqu’un qui les photographie, des gens qui les regardent et le garde du corps qui les – le – surveille. Sans mentionner Sara contre lui, assez près pour qu’il puisse distinguer chacun des petits cheveux qui se sont échappés de sa coiffure compliquée, et l’étoffe de sa robe beaucoup trop fine sous ses mains.

Il suppose que certains réflexes sont plus ancrés qu’il l’imaginait car il prend la main de Sara dans la sienne et commence à tourner et il ne lui écrase pas les pieds une seule fois. Au bout de quelques minutes, son environnement est un peu plus flou, mais dans le bon sens du terme. Maintenant, s’il trouvait quelque chose à dire...

« Il y a un type qui n’arrête pas de nous observer, » remarque-t-il. OK... c’est une entrée en matière comme une autre...

Elle ne prend pas la peine de regarder.

« Mon garde du corps.

- Non... enfin, oui, bien sûr. Mais quelqu’un d’autre. »

Il désigne d’un petit geste du menton un homme au crâne en forme d’obus et à la barbe brun-gris, debout au bord de la piste, le coude gauche dans la main droite, la main gauche martyrisant la barbe brun-gris. Sara sourit d’un air entendu.

« Mon directeur de la communication.

- Je suppose que ça explique pourquoi il a l’air d’assister à un enterrement et non à un mariage. »

Elle secoue la tête.

« C’est son expression par défaut, je crois que je ne l’ai vu sourire que deux fois.

- Quand tu as remporté les élections ? devine-t-il.

- Ca a duré trois jours à chaque fois, sans discontinuer. C’était effrayant. » Elle l’entraîne un peu plus vite, tourne un peu plus vivement, et il hausse les sourcils. Il était resté sur l’idée qu’il était supposé diriger la danse mais, oh, il suppose que ça aussi, c’est vieux jeu. « Tu dois parler à Lincoln, » lui assène-t-elle.

Il marque un temps d’arrêt ; ce n’est pas facile de réfléchir quand tout tourne autour de vous, mais elle continue de danser et il se dit que c’est peut-être son but, l’empêcher de réfléchir, le faire littéralement et métaphoriquement valser jusqu’à Lincoln. Et de toute évidence, ça fonctionne puisqu’au lieu de protester, contester, discuter, il répond simplement :

« Je sais. »

Quelque part entre le moment où il a reçu l’invitation de LJ (ou devrait-il dire la convocation ?) et celui où il est monté dans l’avion, il a compris ça. Il lui faut à présent juste l’admettre. Il est têtu, Linc est têtu, mais l’un d’eux doit rendre les armes en premier. Sara a bien fait le premier pas dans sa direction...

« Nous demander de ne pas venir te voir était stupide, » enchaîne-t-elle, profitant de sa bonne volonté.

... ou peut-être pas. Dans tous les cas, les raisons pour lesquelles ils sont fâchés lui semblent de moins en moins valables, de plus en plus distantes, de plus en plus absurdes. De plus en plus dues à leurs fiertés respectives et de moins en moins à un sain ressentiment.

« Vous ne vouliez pas comprendre pourquoi...

- Oui, je sais. C’était stupide quand même. Faire ce que tu voulais et ne pas venir te voir était également stupide. Le seul à avoir eu un peu de bon sens dans toute cette histoire, c’est LJ. » Elle hausse les sourcils. « N’est-ce pas ?

- Oui. »

C’est sans doute le mea culpa mutuel le plus court et le moins désolé de l’histoire des mea culpa. Il suppose que ce n’est pas plus mal dans la mesure où la version complète les occuperait un certain temps et que le temps est quelque chose qu’ils ont déjà gâché à profusion.

Il regarde le front de Sara s’appuyer sur son épaule. Le geste est beaucoup trop... trop quelque chose pour des gens qui ne se sont pas vus depuis dix ans. Les invités continuent de tourner autour d’eux. Le garde du corps déploie de louables efforts pour ne rien voir. Le photographe photographie. Le Dir Com fronce, si c’est possible, un peu plus les sourcils.

« La culpabilité, c’est merdique, laisse-t-elle tomber. La tienne, la nôtre.

- Ca ressemble à quelque chose que Lincoln pourrait dire, » remarque-t-il, et il devine qu’elle sourit.

-=-


28 octobre-26 novembre 2006

Post scriptum : Juste parce que j’ai besoin de le dire : Michael et Sara ont été infernaux, je suis restée coincée au moins quinze jours sur le premier tiers de cette partie. Et le pire ? c’est qu’ils ont recommencé pour les "scènes coupées".
 
 
Current Mood: stressedstressed
 
 
 
Peter Pansunnydust on June 1st, 2009 05:51 pm (UTC)
Aaaah Ils se parlent !! Eeee lol (je laisse toujours des commentaires très constructifs !)

le temps est quelque chose qu’ils ont déjà gâché à profusion.
Snif

(constructif je te dis...)